Mettre de l’ail dans la ration pour éloigner les mouches est un conseil qui circule depuis longtemps chez les cavaliers. L’idée : l’odeur passerait dans la sueur et désorienterait les insectes. Deux essais scientifiques sur le cheval aident à y voir plus clair. Ils ne mesurent pas l’effet sur les mouches, mais ils mesurent ce que l’ail fait au sang du cheval, et c’est ce qu’il faut savoir avant d’en donner.
Ce qu’il faut retenir
- Les deux études citées ici ne mesurent pas l’effet de l’ail sur les mouches.
- Au-delà de 0,2 g par kilo de poids et par jour, des chevaux ont développé une anémie, dans un essai de 2005.
- À dose bien plus faible, sur 83 jours, un essai finlandais de 2019 a relevé une baisse légère des valeurs sanguines.
- Les auteurs finlandais jugent la dose utile inconnue et les études rares.
- Parles-en à ton vétérinaire avant d’en donner, surtout sur une longue période.
D’où vient l’idée
L’IFCE cite l’ail dans la ration parmi les pistes naturelles contre les insectes, avec les huiles essentielles : ils atténueraient l’odeur du cheval et de sa sueur. Notre guide du répulsif anti-mouches présente ces pistes et leurs précautions. L’équipe finlandaise de l’institut des ressources naturelles (Luke), qui a mené l’essai de 2019, confirme que l’ail est couramment employé comme répulsif contre les insectes. Elle ajoute que les études sur l’ail dans l’alimentation du cheval sont rares, et que la dose qui apporterait un bénéfice n’est pas connue.
Le risque mesuré : l’anémie
L’ail contient des composés qui abîment les globules rouges. Les auteurs finlandais rappellent que l’oignon, de la même famille, provoque une anémie hémolytique chez le cheval.
L’essai de 2005
Wendy Pearson et ses collègues de l’université de Guelph, au Canada, ont publié en 2005 dans l’American Journal of Veterinary Research un essai sur quatre chevaux :
- deux chevaux ont reçu de l’ail lyophilisé, deux autres servaient de témoins ;
- la dose est montée sur 41 jours jusqu’à la quantité maximale que les chevaux acceptaient de manger, et la distribution a duré 71 jours au total ;
- au-delà de 0,2 g par kilo de poids et par jour, les chevaux ont montré les signes d’une anémie à corps de Heinz ;
- l’anémie s’est en grande partie résorbée dans les cinq semaines suivant l’arrêt.
Les auteurs concluent que les chevaux mangent volontiers assez d’ail pour devenir anémiques, et ils appellent à d’autres études pour fixer une dose sans danger. Par le calcul, ce seuil représente 100 g d’ail lyophilisé par jour pour un cheval de 500 kg.
L’essai de 2019
L’équipe finlandaise a suivi douze chevaux, appariés deux par deux, pendant 83 jours. Un cheval de chaque paire recevait 20 g d’ail séché par jour, soit 32 mg par kilo de poids, une dose bien inférieure à celle de 2005.
- Les signes respiratoires semblaient diminuer chez les chevaux supplémentés.
- Leur hémoglobine, leur hématocrite et leurs globules rouges ont légèrement baissé au fil de l’essai.
- Chez quatre des six chevaux supplémentés, l’hémoglobine et les globules rouges étaient plus bas qu’au départ aux 41e et 83e jours.
- L’hémoglobine moyenne finale du groupe se trouvait à la limite basse de la norme de la race, voire en dessous.
Les écarts avec les chevaux témoins n’étaient pas statistiquement significatifs. Les auteurs restent prudents : selon eux, même une faible dose donnée longtemps risque de nuire au sang du cheval.
Les repères de dose publiés
Les auteurs finlandais citent un rapport de la National Academy of Sciences américaine, établi sur ces données limitées. Il retient un apport présumé sans danger de 90 mg par kilo de poids et par jour, et un apport historique sans danger de 15 mg. L’essai finlandais, à 32 mg, se situait entre les deux, et a pourtant relevé une baisse des valeurs sanguines. Ces repères ne remplacent donc pas l’avis de ton vétérinaire.
Ce que tu fais en pratique
- Ne compte pas sur l’ail pour protéger ton cheval : ces études ne démontrent pas son effet sur les mouches.
- Demande l’avis de ton vétérinaire avant toute cure, et une prise de sang si elle dure.
- Lis l’étiquette si ton cheval reçoit déjà un complément : repère la quantité d’ail par jour et montre-la à ton vétérinaire.
- Ne cumule pas plusieurs compléments qui contiennent de l’ail sans additionner les doses.
- Arrête et appelle ton vétérinaire si ton cheval devient abattu ou fatigué pendant une cure.
- Mise sur des protections mesurées : une chemise anti-mouches, un abri de prairie, des pièges bien placés et un fumier tenu.
Pour organiser l’ensemble, suis notre guide du piège à mouches pour chevaux.
Sources : M. Saastamoinen, S. Särkijärvi et al., « Garlic (Allium sativum) supplementation improves respiratory health but has increased risk of lower hematologic values in horses », Animals, 2019 · W. Pearson et al., « Association of maximum voluntary dietary intake of freeze-dried garlic with Heinz body anemia in horses », American Journal of Veterinary Research, 2005.