Compter les mouches : la méthode pour savoir si votre piège sert à quelque chose

Un piège plein ne prouve pas que vous avez moins de mouches. Pour le savoir, il faut compter de la même façon, aux mêmes endroits, chaque semaine, avant et après le changement. Les élevages font ce suivi avec des cartes blanches ou des rubans collants. La méthode tient en quelques règles, que vous pouvez appliquer à l’écurie.

Ce qu’il faut retenir

  • Comptez avec un outil de mesure séparé de votre piège : carte à taches ou ruban collant.
  • Gardez les mêmes emplacements, le même jour de la semaine, la même durée.
  • Posez au moins 3 cartes par bâtiment, d’après un guide agricole de l’Ontario.
  • Les seuils publiés sont des repères de départ, à ajuster sur votre site.

Pourquoi le piège ne sert pas d’instrument

Alec Gerry, entomologiste de l’université de Californie à Riverside, a publié en 2020 dans le Journal of Insect Science une revue des méthodes de suivi des mouches domestiques en élevage. Il relève un problème des pièges à appât insecticide : les mouches deviennent résistantes, et un changement d’appât ou d’insecticide rend les comparaisons impossibles. Il les déconseille pour un suivi long. Un piège sert à capturer. Pour mesurer, on utilise autre chose.

Les outils de mesure

Outil Ce qu’il fait Ses limites
Carte à taches (spot card) carte blanche fixée là où les mouches se reposent ; on compte les taches qu’elles y laissent ne distingue pas les espèces ; une mouche laisse plusieurs taches ; comptage long
Ruban collant capture les mouches, qu’on identifie une à une perd son pouvoir avec la poussière ou le soleil ; se remplit vite en forte activité ; déconseillé dehors
Piège collant robuste tient en extérieur coûteux, risque de capturer des oiseaux, aucun seuil publié
Piège à appât insecticide mouches faciles à identifier résistance, comparaisons faussées

D’après Gerry, la carte à taches est la méthode la plus recommandée : peu chère, simple à poser, peu sensible à la poussière, et elle reste en place 7 jours. Une carte gardée sert ensuite d’archive.

Combien d’outils, et où

Le guide « House Fly Control in Poultry Barns », publié en 2015 par le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, demande au moins 3 cartes par niveau de bâtiment. La revue de Gerry cite, pour détecter un doublement de l’activité, 6 ou 7 cartes selon la hauteur du bâtiment, et 4 à 9 rubans.

Où les poser, selon ces deux sources :

  • là où les mouches se reposent : murs abrités, poteaux, dessous des entrées d’air ;
  • à l’abri des chocs, des animaux et de la pluie ;
  • loin des ventilateurs, des entrées d’air, des courants d’air et des sources de chaleur ;
  • pour les rubans, en hauteur, hors des passages et des portes.

À l’écurie, cela donne par exemple une carte dans l’allée des boxes, une près du stockage d’aliments, une près de la fumière. Gardez-les au même endroit toute la saison.

Le rythme du relevé

  • chaque semaine, le même jour, pour que les périodes soient comparables ;
  • pose et retrait à la même heure, idéalement en milieu de journée, selon Gerry ;
  • une durée d’au moins 24 heures, idéalement 7 jours ;
  • emballez la carte usagée dans du film transparent et écrivez la date dessus, comme le conseille le guide de l’Ontario ;
  • commencez quand les journées restent au-dessus de 10 °C, toujours selon ce guide.

Les seuils publiés

La revue de Gerry rassemble les seuils d’intervention utilisés en élevage de volailles :

Outil Seuil cité
Carte à taches 50 à 100 taches par carte et par semaine
Ruban collant 14 à 43 mouches par ruban et par jour
Piège à appât 300 à 350 mouches par piège et par semaine

Le guide de l’Ontario retient une moyenne de 100 mouches par carte et par semaine, en comptant les deux faces, à l’intérieur du bâtiment, et précise que ce seuil se baisse ou se relève selon le voisinage, le risque sanitaire ou la période.

Gerry insiste : ces seuils sont subjectifs. Le bon seuil est le vôtre, calculé avec vos propres relevés de la saison de pic et croisé avec la gêne ressentie.

Comment lire vos chiffres

  1. Faites un relevé de départ avant de changer quoi que ce soit.
  2. Changez une seule chose à la fois : un piège en plus, la fumière couverte, la litière refaite.
  3. Rapportez chaque chiffre au nombre de jours d’exposition si une carte est restée plus ou moins longtemps.
  4. Comparez la tendance sur plusieurs semaines, pas un relevé isolé.

Notre article sur le piège fait maison conseillait déjà de suivre vos résultats, et celui sur la lutte biologique rappelait qu’un relevé de départ est la seule façon de savoir si des lâchers ont servi.

Un carnet de relevé simple

Un tableau sur papier ou sur votre téléphone suffit. Une ligne par carte et par semaine :

Date de pose Date de retrait Emplacement Nombre de taches ou de mouches Changement fait cette semaine
jour de pose jour de retrait allée des boxes votre comptage aucun, relevé de départ
jour de pose jour de retrait près de la fumière votre comptage fumière bâchée

La dernière colonne est la plus utile : sans elle, vous verrez les chiffres bouger sans savoir pourquoi.

Ce que le comptage vous apprend

  • si les mouches viennent d’un point précis : la carte la plus chargée vous indique où chercher la source, souvent le fumier ou la litière ;
  • si un nouveau piège a changé quelque chose ;
  • quand la saison démarre, pour poser les pièges à temps l’année suivante.

Pour un élevage de bovins, les pièges à poser sont détaillés dans notre article sur les mouches à l’étable.

Revue source : Gerry, Journal of Insect Science, 2020.