Anémie infectieuse des équidés : le rôle des taons et comment t’en protéger

L’anémie infectieuse des équidés est une maladie virale grave, sans traitement, et à déclaration obligatoire en France. Elle se transmet par le sang, et les taons en sont le principal transporteur. C’est l’une des raisons de prendre au sérieux la lutte contre les insectes piqueurs au pré. Voici ce qu’il faut savoir, d’après le RESPE et la thèse vétérinaire de l’ENVT sur les taons et les stomoxes.

Ce qu’il faut retenir

  • Le virus passe d’un équidé à l’autre par le sang, surtout via les piqûres de taons.
  • La maladie est classée en catégorie 1 : déclaration obligatoire et gestion par l’État.
  • Le test de Coggins est la technique de référence.
  • Les équidés atteints sont marqués et abattus, selon le RESPE.
  • La lutte contre les insectes fait partie de la prévention.

Comment le virus se transmet

Le RESPE, réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine, résume trois voies :

  • les piqûres d’insectes qui se nourrissent de sang, principalement les taons ;
  • les aiguilles ou le matériel chirurgical souillés par le sang d’un animal infecté ;
  • la jument infectée, qui transmet le virus à son poulain pendant la gestation.

Pourquoi le taon est le premier suspect

La thèse vétérinaire de Judith Badelon (ENVT, 2016) explique le mécanisme. Le taon ne fabrique pas le virus : il le transporte, comme une aiguille souillée. Tout se joue quand son repas est interrompu.

  1. Le taon pique un cheval infecté.
  2. Le cheval le chasse d’un coup de queue ou de tête, le repas s’arrête.
  3. Le taon part finir son repas sur un autre cheval, avec du sang infecté sur ses pièces buccales.

La thèse compare les quantités de sang qui restent sur ces pièces buccales : de l’ordre de 0,4 nanolitre pour un stomoxe, au moins dix fois plus pour un taon, de 6 à 10 nanolitres selon sa taille. D’où la conclusion de la thèse : les taons sont des transporteurs mécaniques plus efficaces que les stomoxes. Les deux figurent dans la liste des insectes capables de transmettre l’anémie infectieuse.

Ce mécanisme explique aussi pourquoi un cheval harcelé, qui se défend sans cesse, interrompt plus de repas. Notre article sur le taon détaille comment il trouve sa cible et comment l’en détourner.

La maladie chez le cheval

D’après le RESPE :

  • l’incubation dure de 15 à 45 jours ;
  • la forme aiguë associe une forte fièvre, une perte d’appétit, une accélération du cœur, des difficultés respiratoires, une conjonctivite, une anémie sévère et parfois du sang dans les crottins ;
  • dans cette forme, la mort survient en quelques jours dans 80 % des cas, ou l’animal récupère ;
  • il existe aussi des formes subaiguës, chroniques et sans symptôme.

Un cheval sans symptôme reste porteur du virus. C’est ce qui rend le dépistage indispensable.

Le statut réglementaire

Le RESPE précise que l’anémie infectieuse des équidés :

  • figure sur la liste des risques sanitaires de catégorie 1, avec déclaration obligatoire et gestion par l’État ;
  • est inscrite au code rural comme vice rédhibitoire, sous sa seule forme sérologique, avec ou sans symptômes ;
  • conduit au marquage et à l’abattage des équidés atteints.

Le diagnostic repose sur le test de Coggins, une prise de sang analysée en laboratoire, technique de référence selon le RESPE. D’autres techniques existent mais ne sont pas autorisées en France.

La prévention

Le RESPE cite parmi les mesures de prévention sanitaire :

  • le dépistage des porteurs par le test de Coggins ;
  • l’isolement des animaux malades ;
  • la lutte contre la transmission par les insectes : désinsectisation des écuries, et éviter de mettre les chevaux dehors.

Côté insectes, au quotidien

  • Réduis la pression des taons au pré avec un piège visuel en plein soleil, voir notre guide du piège à mouches pour chevaux et notre pas à pas pour fabriquer un piège à taons.
  • Adapte les sorties : les taons chassent au soleil, aux heures chaudes.
  • Couvre les chevaux sensibles avec une chemise, et applique un répulsif avant les sorties, avec notre guide du répulsif anti-mouches.
  • Limite les stomoxes à la source, voir notre article sur le stomoxe.

Côté matériel

Le RESPE cite les aiguilles et le matériel souillés parmi les voies de transmission. Une aiguille ne sert qu’une fois et qu’à un seul cheval.

Ce que la lutte contre les taons change

Le mécanisme décrit par la thèse de l’ENVT repose sur les repas interrompus. Chaque mesure qui réduit le nombre de taons autour de tes chevaux, ou qui leur évite d’être harcelés, réduit aussi le nombre de repas commencés sur un cheval et terminés sur un autre. C’est pourquoi les mesures du quotidien comptent, même quand aucun cas n’est signalé dans ta région :

  • moins de taons au pré grâce aux pièges ;
  • moins d’exposition aux heures où ils chassent ;
  • des chevaux protégés par une chemise ou un répulsif, qui se défendent moins.

Si tu achètes ou accueilles un cheval

Puisque la maladie est un vice rédhibitoire dans sa forme sérologique, parle du test de Coggins avec ton vétérinaire lors d’une visite d’achat. Si ton écurie accueille un nouveau cheval, renseigne-toi sur son statut avant de le mettre au pré avec les autres.

Au moindre doute sur un cheval fiévreux et abattu, appelle ton vétérinaire. Le RESPE publie aussi les alertes sanitaires en cours.

Sources : RESPE, fiche « Anémie infectieuse des équidés » · J. Badelon, thèse ENVT, 2016.